« Bonjour ! » C’est en français que Talant Dujshebaev a entamé sa première prise de parole lors de sa présentation ce lundi à la Maison du handball à Créteil (Val-de-Marne). Mais il connaît uniquement ce mot pour l’instant alors qu’il parle six langues : celle maternelle, le russe, l’anglais, ou encore l’espagnol.
C’est d’ailleurs dans un parler ibérique que le nouveau sélectionneur de l’équipe de France, crâne chauve, a dirigé son premier entraînement, lui qui a choisi d’avoir la nationalité espagnole en 1995.
Il n’était toutefois pas nécessaire d’être parfaitement trilingue pour décrypter son message. Arrivé le matin même de Pologne où il est par ailleurs l’entraîneur de Kielce, Talant Dujshebaev a rencontré ses joueurs pour la première fois à l’heure du repas avant une réunion privée d’une heure. « La première chose que j’ai eue à leur dire est simple : nous sommes l’équipe de France et nous sommes là pour gagner », raconte le nouveau patron des Bleus, successeur de Guillaume Gille, qui a choisi de prendre du recul.
« Quand le président m’a appelé pour me proposer le poste, je n’y ai pas cru »
Dans son survêtement bleu devant un staff complet et renforcé, avec un chef de délégation, l’ancien gardien Vincent Gérard, et un adjoint, Guillaume Joly, champion olympique en 2012 et triple champion du monde (2009, 2011, 2015), l’intéressé a commencé à préparer ses deux premiers rendez-vous cette semaine.
Le hasard veut qu’ils soient contre l’Espagne, son pays d’adoption, jeudi soir au Mans (Sarthe) et dimanche à la Ciudad Real, club avec lequel il a gagné trois Ligues des champions comme joueur puis entraîneur au début du siècle. « Quand il y a un mois, monsieur le président (Philippe Bana) m’a appelé pour me proposer le poste, j’ai eu un choc, je n’y ai pas crû confie l’entraîneur originaire du Kirghizistan. Pour moi, c’est un cadeau du ciel. Au regard de ce que représente l’équipe de France, de son palmarès, je considère comme un grand honneur d’avoir été choisi. C’est aussi une très grande responsabilité. Je n’en ai jamais eu d’aussi grande. »
« C’est comme comparer une Fiat Uno à une Ferrari »
Quand il a fallu trouver un remplaçant à Gille qui a payé l’échec de l’Euro (7e), son nom s’est tout de suite trouvé en haut de la pile sur le bureau du président de la Fédération française. « Quand il a fallu choisir une personne au cœur du réacteur nucléaire de la haute performance, il s’est imposé en effet, confirme Philippe Bana. C’est un amoureux de la France, quelqu’un qui est prêt à tout faire pour faire gagner l’équipe de France parce que c’était un devoir pour lui. »
Entraîneur de club à succès, Dujshebaev a déjà dirigé deux autres sélections. « J’ai déjà été le sélectionneur de la Hongrie et la Pologne, mais sans leur manquer de respect, par rapport à la France, c’est comme comparer une Fiat Uno avec une Ferrari », glisse-t-il. En 2016, il avait quand même réussi à qualifier la Pologne pour les Jeux de Rio.
« Avec lui, ça va filer droit », a déclaré son prédécesseur Daniel Costantini le jour de sa nomination. Les joueurs vont vite le comprendre : cet homme dégage une autorité qui n’est pas feinte. « J’ai les mêmes objectifs que le président, ils tiennent en trois mots : gagner, gagner, gagner », a-t-il martelé à ceux qui n’ont pas compris.
« J’aurai 67 ans en 2025, c’est l’âge de la retraite en Espagne »
Après les deux matchs contre l’Espagne une sélection dans laquelle son fils Alex, blessé, est forfait, il devra dans un premier temps qualifier les Bleus pour le prochain mondial. Le fiasco de l’Euro les oblige à passer un tour barrage de qualification en mai contre la République tchèque.
« Le Danemark est aujourd’hui la nation numéro 1, considère-t-il. Mais l’équipe de France a tous les talents, tout le potentiel pour les battre, pour redevenir les meilleurs. Le matériel à disposition est très bon. Il y a peu de changements à faire, juste de petits ajustements. C’est ce que nous ferons. »
Les challenges ne manquent pas. Remettre les Bleus au sommet de la pyramide passera par le Mondial 2027, les Jeux de Los Angeles en 2028 puis le Mondial coorganisé en France en 2029. Il le dit et le répète, il veut tout gagner. « Le président peut me virer quand il veut, conclut Talant Dujshebaev. Sinon, j’aurai 67 ans en 2025, et c’est l’âge de la retraite en Espagne. D’ici là, je compte bien en effet tout gagner avec Kielce, mon club, et l’équipe de France. »










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