Arts. Le plasticien argentin a fait de sa brève mais intense existence une œuvre d’art total. Le musée Reina Sofia lui consacre une brûlante rétrospective.
Publié le 14/03/2026 à 10:30

Alberto Greco, "¡¡qué grande sos!!," 1961 (copie posthume 2012).
© Sameer Makarius
Peintre informel, poète, acteur, auteur de manifestes, musard queer, maître de cérémonie, fondateur de l’arte vivo… Alberto Greco (1931-1965) fut, au cours de sa courte existence, tout cela et bien d’autres choses encore. Seize années durant, il a fait de sa vie un espace public d’invention esthétique, entre exhibitionnisme histrionique, événements médiatiques et potins de rue, prônant l’engagement de l’art "avec les éléments vivants de notre réalité : le mouvement, le temps, les gens, les conversations, les odeurs, les rumeurs, les lieux, les situations".
Aujourd’hui, et cela sonne un peu comme une redécouverte, le musée Reina Sofia, à Madrid, retrace le parcours "tortueux et anticonformiste" du trublion de l’avant-garde expérimentale dans une rétrospective réunissant plus de 200 œuvres et documents, visible jusqu'au 8 juin. Fernando Davis, le commissaire de l’exposition, s’est attaché à mettre en lumière la production littéraire et artistique associée aux multiples déplacements géographiques de l'artiste portègne qui, dès le début des années 1950, cède aux démons de la bougeotte : Puna de Atacama, Humahuaca, Paris, Rio de Janeiro, São Paulo, Gênes, Rome, Madrid, Piedralaves, New York, Ibiza, Barcelone...

Performance "vivo-dito" d'Alberto Greco, photographié par Claudio Abate à Rome, en 1962.
/ © Archivio Claudio Abate © Gentileza derechohabiente de Alberto Greco
La trajectoire de Greco est celle d’un autodidacte qui fréquente très brièvement l’Ecole des beaux-arts de sa ville natale, se forme un temps dans l’atelier de Cecilia Markovich à la fin des années 1940, recueille aussi quelques lumières auprès du théoricien et designer Tomas Maldonado, figure pionnière de l’art concret en Argentine. Ses premiers écrits poétiques (Criatura humana, Fiesta…) montrent un goût pour le fantastique et le kitsch, qu’il radicalise plus tard dans sa peinture organique en embrassant un informalisme "terrible, choquant et agressif". Les matériaux y sont poussés à l’extrême, exposés aux intempéries, parfois recouverts d’urine.

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