« Une marée noire atmosphérique » : 5 minutes pour comprendre l’impact des bombardements de dépôts de pétrole en Iran

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Les habitants ont décrit un ciel noir en plein jour et des pluies sombres après que quatre dépôts pétroliers situés autour de Téhéran (Iran) ont été visés, ce dimanche, par des frappes israéliennes. Un impressionnant panache de fumée rougeoyant a plongé la capitale iranienne plusieurs heures dans la nuit.

Les autorités ont recommandé aux habitants de se confiner et de porter des masques pour se protéger du nuage toxique, tandis que le Croissant rouge a mis en garde contre des pluies acides dimanche matin. On fait le point.

Que contient ce nuage toxique ?

« Un incendie de raffinerie peut émettre du dioxyde de soufre (SO2) et des oxydes d’azote (NOx). Ces gaz peuvent se transformer dans l’atmosphère en acides et être ensuite lessivés par la pluie en retombant sur Terre », explique Davide Faranda, climatologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

De plus, ces précipitations peuvent devenir acides quand le noyau de condensation, plutôt que d’être formé de particules solides (poussière, sel, spores), l’est avec les gaz issus de la combustion du pétrole. « Dans ce type d’événement, le problème principal reste en général la pollution de l’air et les particules respirées par les habitants », poursuit le scientifique.

Quels sont les effets sur la population ?

Soufre, benzène, sulfure d’hydrogène et autres composés chimiques issus de cette combustion provoquent des problèmes respiratoires aigus. « C’est comme si l’on respirait du plastique brûlé, des particules fines plus toxiques comme en cas de feux de forêt. On peut s’attendre à davantage de crises d’asthme, de détresses respiratoires et de décès liés à des accidents cardiorespiratoires », avance Lucile Sesé, pneumologue à l’hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Fragilisées, les bronches seront plus vulnérables aux infections et au déclenchement de formes plus graves de grippe ou de Covid, par exemple. « Les gens à proximité risquent même des œdèmes pulmonaires, le soufre et tous ces gaz issus de la combustion imparfaite du pétrole détruisant les bronches et les poumons », ajoute Bruno Crestani, pneumologue à l’hôpital Bichat (Paris XVIIIe).

À plus long terme, « on sait qu’il y a, dans ce type d’événements, des liens avec la survenue de cancer de poumons et de maladies respiratoires », craint aussi Lucile Sesé.

Combien de temps cette pollution va-t-elle persister ?

Difficile de le savoir, selon les spécialistes. « Un nuage, qu’il soit composé de gouttelettes d’eau, de sable ou de suie de pétrole, obéit à la même physique de l’atmosphère et il circule plutôt d’ouest vers l’est », détaille Sébastien Laflorencie, expert chez Météo France.

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« Mais cela reste très variable en fonction de la durée des incendies, des vents ou encore de la météo, complète Davide Faranda. Et si en général, les concentrations les plus fortes sont dans les premières 24 à 48 heures, les particules fines peuvent rester quelques jours dans l’air, surtout s’il y a peu de vent. »

Les simulations du service Copernicus de surveillance de l’atmosphère (CAMS) montrent, pour ces prochains jours, une pollution bien disposée à stagner sur l’Iran. « Pour s’en protéger, le masque peut être une bonne solution », conseille Bruno Crestani. Une barrière contre les grosses particules, mais aussi les virus et infections qui en découleraient.

Quels sont les impacts sur l’environnement ?

Une fois retombée, cette pollution va se propager dans l’environnement. « C’est une sorte de marée noire atmosphérique, qui va nuire aux générations futures », s’inquiète Jacky Bonnemains, directeur de l’association Robin des Bois.

Ces particules vont contaminer la biodiversité, les cultures et les vergers, les cours d’eau, et, par répercussion, ceux qui vont en consommer les fruits et légumes, animaux compris. « Il sera impossible de décaper toutes les terres polluées, décrit-il. À long terme, on pourrait assister à l’apparition de cancers, de problèmes de développement de squelette, de croissance des enfants, des dérèglements des reins. »

Elles vont ensuite s’enfoncer encore plus profondément dans les sous-sols, pour se répandre dans les eaux souterraines : « Cela risque de se propager dans le golfe arabo-persique, craint Jacky Bonnemains. Un pays est ciblé, mais c’est toute la région qui va en subir les conséquences ».

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