A peine élu président en 2005, le très conservateur Mahmoud Ahmadinejad rêvait d’en faire une sorte de Dubaï iranien. Avec ses majestueux canyons, sa forêt de mangroves et ses villages de pêcheurs couronnés de badguir - des tours persanes traditionnelles servant à ventiler les maisons -, l’île de Qeshm, la plus grande du golfe Persique, avait tous les atouts pour charmer les touristes du monde entier. Cette "perle" s'étirant sur une centaine de kilomètres dans le détroit d’Ormuz a même été classée dès 2017 par l’Unesco pour son patrimoine géologique exceptionnel.

Si Qeshm n’a en réalité jamais pu rivaliser avec le luxe de Dubaï, cet endroit paradisiaque aux eaux cristallines attirait il y a encore quelques mois la classe moyenne iranienne, malgré la crise économique. Mais l’opération américano-israélienne, lancée le 28 février contre le régime des mollahs, a stoppé net ses ambitions touristiques, transformant ce havre de paix en potentielle cible militaire. Et mis en lumière son rôle stratégique pour l’Iran.

Des touristes iraniens profitent du site de la Vallée des Étoiles sur l'île de Qeshm, en Iran, le 23 décembre 2011.

Des touristes iraniens profitent du site de la Vallée des Étoiles sur l'île de Qeshm, en Iran, le 23 décembre 2011.

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Une usine de dessalement frappée

Une première attaque est venue le rappeler subitement. Le 7 mars, le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, accuse ainsi le Pentagone d’avoir frappé une usine de dessalement de l’île qui ravitaillait une trentaine de villages environnants. Une allégation non confirmée par Washington mais constituant une escalade majeure aux yeux de Téhéran, qui a répliqué dès le lendemain sur une structure du même type au Bahreïn voisin.