Jusqu'au dernier moment, nous n'aurons pas l'adresse. Notre bus slalome sur un chemin boueux, au cœur d'une forêt de la région de Kiev. Soudain apparaissent des bâtiments en ruine dissimulés sous des filets de camouflage. Une vingtaine de journalistes descendent, tous ukrainiens - sauf moi. Direction : une formation anti-drones dans un centre d'entraînement militaire, menée par la fondation 2402.

Créée en février 2022 par deux reporters ukrainiens, cette organisation à but non lucratif a d'abord distribué des gilets pare-balles aux journalistes envoyés sur le front, avant de les former à exercer leur métier en zone de guerre. Ce type de stages, conçus par des militaires britanniques dans les années 1990, se sont imposés dans les rédactions anglo-saxonnes. "Mais en Ukraine, ils ne collaient plus à notre réalité", tranche Kateryna Sergatskova, cofondatrice et reporter de guerre passée par l’Irak et la Syrie.

Le long de la ligne de front, des milliers de drones — souvent produits pour quelques centaines de dollars — créent une "kill zone" de 20 à 25 kilomètres de profondeur, attaquant tout ce qui bouge, y compris les journalistes. En octobre 2025, le photojournaliste français Antoni Lallican est ainsi tué à une vingtaine de kilomètres du front. Peu après, un drone frappe Kramatorsk et tue deux journalistes ukrainiens, Olena Hramova et Yevhen Karmazin. Les pertes imputables aux drones sur le front sont passées de moins de 10 % en 2022 à près de 80 % l'an dernier, selon les données de l’armée ukrainienne.