Édouard Philippe en tête au Havre : la première semaine du reste de sa vie

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Le silence national, semble-t-il, est d'or. Et la stratégie d'Édouard Philippe ces dernières semaines a, semble-t-il, porté ses fruits. Le voilà soulagé, à voir sa mine réjouie lors de sa prise de parole à 20h30 ce dimanche 15 mars. Celui qui a choisi de se consacrer entièrement à sa réélection, quitte à délaisser notamment les sujets internationaux, a dû souffler devant les résultats du premier tour au Havre. L'ancien Premier ministre est arrivé confortablement en tête du scrutin avec 43,76 % des voix, devançant de dix points son concurrent principal, le député PCF et candidat d'union de la gauche Jean-Paul Lecoq (33,25 %). Qualifié en troisième position, le représentant de l'alliance UDR-RN Franck Keller dépasse largement la barre de qualification avec 15,3 % des suffrages et pourrait tout de même fragiliser ainsi Édouard Philippe pour le second tour. Alors qu'il y a six ans celui-ci avait bataillé contre son seul adversaire communiste pour l'emporter (59 % contre 41 %), cette année la triangulaire n'arrange malgré tout pas les affaires du maire du Havre, qui devrait voir une partie de ses voix de 2020 atterrir dans l'escarcelle du lieutenant d'Éric Ciotti.

Une partie de l'enjeu de ce scrutin déterminant pour Édouard Philippe réside donc dans la future attitude des états-majors UDR-RN et de leur électorat : Jean-Paul Lecoq, non soutenu par La France insoumise, fera-t-il office d'épouvantail en engendrant un réflexe anticommuniste, donc pro-Philippe ? Ou, au contraire, la filiation entre de l'ancien locataire de Matignon et Emmanuel Macron - malgré leurs différends, pour ne pas dire leur rupture - jouera-t-il en la défaveur du sortant dans une baroque alliance de circonstance rouge-brune visant à faire tomber l'édile ? Dans les deux cas, l'écart entre les deux candidats arrivés en tête paraît confortable pour l'ancien Premier ministre qui met en jeu son troisième mandat consécutif autant que son avenir présidentiel.

Mercredi 11 mars, lors d'une réunion publique tenue au théâtre Le Normandy, Édouard Philippe a de nouveau confirmé que de sa réélection au Havre dépendait sa candidature à l'élection suprême : "Si je n'arrivais pas à convaincre les Havrais, il faudrait que j'en tire les conséquences, et tout le monde en tirera les conséquences", a-t-il déclaré à la presse. Volontairement discret, provoquant parfois l'inquiétude voire l'exaspération d'une partie des cadres d'Horizons, il martelait semaine après semaine à ses ouailles qu'il "ne fallait pas l'attendre sur autre chose que son élection", selon un dirigeant de son parti, qui espérait davantage de présence de la part de son champion.

La stratégie des petits pas

Pour l'heure seul prétendant à la succession d'Emmanuel Macron se frottant à un scrutin local et cherchant la légitimité des urnes, l'ancien de Matignon compte faire du renouvellement de son mandat la première marche de sa montée en puissance vers sa future campagne. Preuve en est : s'il est réélu, Édouard Philippe organisera le 12 avril prochain à Paris un grand meeting pour clore cette séquence municipale. "Il va mettre un coup sur sa détermination à briguer la présidence, sur son tempérament, mais il ne dévoilera rien sur le fond de son projet avant l'automne, il n'aura pas de prises de position fortes car il ne veut pas que ses idées structurantes, notamment européennes et internationales, soient balayées par l'actualité", indique l'un des amis du Havrais. La stratégie des petits pas, toujours.

La victoire d'Édouard Philippe dimanche prochain aurait donc non seulement une incidence sur son destin personnel, mais également sur l'approche politique décidée par l'ancien Premier ministre dès la création de son écurie, Horizons, en octobre 2021. Comme l'indique son camarade et prédécesseur à Matignon Jean-Pierre Raffarin, "Édouard a choisi les municipales comme support de sa campagne en choisissant de faire un parti non pas construit sur l'échelle départementale, comme tous les autres, mais sur la commune". Horizons peut d'ailleurs se targuer d'être un "parti de maires", puisqu'il compte près de 600 édiles dans ses rangs. Mais les têtes d'affiche comptent.

Alors que Christian Estrosi, vice-président, est en grande difficulté à Nice et que Pierre-Yves Bournazel, secrétaire général délégué à la structuration du parti, joue les seconds rôles à Paris, une défaite au Havre sonnerait sans doute le glas de l'aventure partidaire lancée il y a cinq ans. "On repart en campagne", a lancé Édouard Philippe pour conclure son court discours ce dimanche soir : une semaine pour gagner ses véritables galons de présidentiable. La première semaine du reste de sa vie.

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