"Oh le con !" Charles Pasqua fait du Pasqua. Nous sommes en mai 1987, et le ministre de l’Intérieur réagit à la tribune que vient de publier son collègue dans le gouvernement Chirac, le ministre du Commerce extérieur Michel Noir. Dans Le Monde, celui-ci écrit : "Mieux vaut perdre l’élection présidentielle que son âme en pactisant avec Le Pen et ses idées." Il racontera plus tard avoir "craché cet article en trois quarts d’heure" et l’avoir dicté en pleine nuit à une sténo du journal. Cela lui vaudra aussi d’être sermonné par Jacques Chirac en personne.

"Oh le con", devait penser Jean-Luc Mélenchon en voyant Olivier Faure s’éloigner des insoumis. "Tu ne vaux pas un clou comme stratège", lui a-t-il lancé en meeting à Marseille, à quelques jours du premier tour. Que le leader des insoumis singe Charles Pasqua ne surprendra personne, maintenant qu’il emprunte volontiers à Jean-Marie Le Pen au cours de ses meetings en prenant un malin plaisir à écorcher le nom des personnalités juives. "Perdre plutôt que faire alliance avec LFI" est un "danger suicidaire", a-t-il expliqué le même jour.

On pourrait penser que les élections municipales échappent au combat pour les valeurs qui avait valu à Michel Noir son quart d’heure de gloire médiatique. Pas cette fois. Quand plusieurs ténors de LFI mènent une campagne ouvertement antisémite, quand le RN et ses alliés sont en passe de s’installer dans plusieurs villes importantes sans avoir réussi à chasser de ses listes les erreurs de casting, l’enjeu va au-delà de la gestion d’une commune. A Roubaix, par exemple, ville guettée par le risque communautariste, la liste LFI obtient 46 %, reléguant celle du maire sortant, arrivé en deuxième position, à près de 25 points, selon une estimation de l’Ifop. Xavier Bertrand a appelé à un front anti-LFI.

La France va entrer dans des heures d’intenses tractations d'ici mardi 17 mars 18 heures - heure limite pour le dépôt des listes pour le second tour. Perdre les élections ou perdre son âme ? Alors que de plus en plus d’électeurs se montrent réceptifs à des propos éloignés de la doxa républicaine, ce n’est pas une question ridicule pour un responsable politique. Le cordon sanitaire est le pire des systèmes, à l'exception de tous les autres.