Politique. Gauche divisée, RN en embuscade, droite à l’offensive... Le premier tour des municipales a rebattu les cartes dans plusieurs grandes villes, où les stratégies d’alliance pourraient décider de l’issue du scrutin.
Publié le 15/03/2026 à 23:22
Emmanuel Grégoire est arrivé en tête devant Rachida Dati à Paris, au premier tour des élections municipales, ce dimanche 15 mars 2026.
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Paris peut-elle basculer à droite ? Dans quelles villes la gauche succombera-t-elle à une alliance avec La France insoumise (LFI) ? Les Républicains risquent-ils de voir leurs bastions historiques engloutis par la vague RN ? Au lendemain d'un premier tour qui a comporté son lot de surprises, L'Express tente de décrypter les principaux enseignements du scrutin et les équilibres qui pourraient faire basculer le second tour.
À Paris, les yeux rivés sur les stratégies d'alliance au second tour
C'est une quadrangulaire qui devrait se jouer à Paris dimanche 22 mars - selon les résultats provisoires - entre le socialiste Emmanuel Grégoire (38,7 %), la candidate LR Rachida Dati (24,7 %), l’insoumise Sophia Chikirou (12,1 %) et Pierre-Yves Bournazel (11,6 %), candidat d’Horizons, le parti d’Édouard Philippe. L’enjeu est majeur dans la capitale, où la succession d’Anne Hidalgo ouvre une bataille entre la gauche sortante et une droite qui espère reconquérir la ville après plus de vingt ans de domination socialiste.
Et dans ce paysage politique fragmenté, ce sont bien les stratégies d’alliance qui risquent de peser le plus dans l’issue du scrutin. À droite, le maintien de Pierre-Yves Bournazel, chantre du "ni Dati ni Grégoire", pourrait compliquer la tâche de Rachida Dati, qui brigue la mairie pour la troisième fois consécutive. À gauche, celui de Sophia Chikirou — qui a déjà annoncé qu'elle se maintiendra au second tour si Emmanuel Grégoire refuse une fusion — fait planer le risque d’une dispersion de l'électorat de gauche, susceptible de faire perdre la capitale à la gauche.
Vers une fusion des listes de gauche avec les insoumis ?
À Paris, Emmanuel Grégoire tiendra-t-il parole ?
Dans le cas où Emmanuel Grégoire refuserait toute fusion avec la liste insoumise, Sophia Chikirou a d’ores et déjà annoncé, dimanche soir, son intention de se maintenir au second tour, une hypothèse qui fragiliserait mécaniquement le candidat socialiste. Car dans cette quadrangulaire annoncée, l’enjeu central est bien celui du report des voix. Or, tout en reconnaissant qu'une victoire serait "plus difficile" sans accord si Sopia Chikirou franchissait la barre des 10 %, Emmanuel Grégoire avait exclu toute alliance avec les insoumis. Mais ça, c'était avant le premier tour.
À Lyon, Grégory Doucet se dirige vers une alliance avec LFI
Il a créé la surprise dimanche soir en arrivant au coude-à-coude avec Jean-Michel Aulas, longtemps donné largement en tête durant la campagne. Mais la victoire n’est pas encore acquise pour Grégory Doucet. Pour faire la différence au second tour, le maire sortant de Lyon pourrait être contraint de fusionner sa liste avec celle de la candidate insoumise Anaïs Belouassa. La députée s’était notamment fait remarquer lors de l’affaire Quentin Deranque, en portant quelques mois plus tôt, dans l’hémicycle du Palais-Bourbon, un t-shirt de soutien au groupe militant La Jeune Garde. Si aucune alliance n'a pour l'heure été officiellement annoncée, l'écologiste avait déclaré avant le premier tour être prêt à travailler avec La France insoumise sous deux conditions : qu’aucun membre de la liste insoumise ne soit impliqué dans des violences et que soit abandonnée la proposition, défendue de longue date par LFI, de désarmer la police municipale.
À Marseille, la gauche face au dilemme de l’alliance avec LFI pour faire barrage au RN
La présence au second tour de Sébastien Delogu (11,5 %), que Jean-Luc Mélenchon était venu soutenir le 7 mars, accroît la pression sur Benoît Payan (38,1 %) quant à la question d’une alliance avec La France insoumise. Depuis plusieurs semaines, un dialogue de sourds s’est installé entre les deux candidats de gauche, chacun accusant l’autre de faire courir le risque de voir la ville basculer à l’extrême droite. Pendant la campagne, la majorité municipale appelait l’insoumis à se retirer en cas de qualification au second tour afin de laisser le maire sortant affronter seul le candidat RN. Sans surprise, Sébastien Delogu a, au contraire, appelé dès dimanche soir à une fusion des listes de gauche prenant la forme d'un "front anti-fasciste".
Attendue, la vague RN confirmée dans le Sud
Dans le sud de la France, où la participation a été parmi les plus élevées de l’Hexagone, le parti à la flamme, déjà très implanté dans le Nord, a confirmé sa dynamique, allant jusqu’à faire élire plusieurs de ses candidats dès le premier tour. À l’image de leur collègue septentrional Steve Briois, réélu à Hénin-Beaumont avec 78 % des voix, les maires RN de Perpignan et de Fréjus, Louis Alliot (50,8 %) et David Rachline (51,3 %), ont eux aussi rempilé dès dimanche pour six années supplémentaires.
À Marseille, les divisions de la gauche ont également profité au Rassemblement national. Le député Franck Allisio, soutenu sur place par Jordan Bardella pendant la campagne, est arrivé au coude-à-coude avec le maire sortant, le socialiste Benoît Payant. À Toulon, la candidate RN Laure Lavalette, qui avait reçu la visite de Marine Le Pen début mars, arrive largement en tête du premier tour en frôlant les 40 % des suffrages exprimés.
De son côté, Eric Ciotti, candidat UDR à Nice, allié du RN, devance de plus de 10 points de pourcentage le maire sortant LR Christian Estrosi. Un résultat qui confirme un sondage publié fin février donnant l’ancien président des Républicains gagnant dans la cité des Anges.
Autant de résultats qui illustrent une dynamique à l’œuvre depuis la présidentielle de 2022 : la conversion progressive d’une partie de l’électorat traditionnel des Républicains vers le Rassemblement national. Le RN n’exclut toutefois pas de retirer certaines listes au profit de candidats LR dans les cas de triangulaires susceptibles de favoriser La France insoumise. Une chose est sûre, eu égard des résultats du premier tour, les frontistes peuvent se permettre de rêver grand. Dans une allocution dimanche soir, le patron de LR, Bruno Retailleau, a également assuré qu'il ne donnait "qu'une seule consigne pour le second tour : aucune voix pour La France insoumise".
Dans les grandes villes, LFI s’impose comme un acteur incontournable
À Paris, Lyon, Toulouse, Marseille ou encore Roubaix, La France insoumise enregistre plusieurs scores notables au premier tour. Dans la capitale, la candidate LFI Sophia Chikirou recueille entre 12 et 14 % des voix. À Lyon, Anaïs Belouassa-Cherifi franchit le seuil des 10 %, nécessaire pour se qualifier au second tour. À Toulouse, François Piquemal réalise une percée avec près de 27 % des suffrages, se plaçant parmi les principaux concurrents. À Marseille, Sébastien Delogu dépasse légèrement les 11 %. Enfin, à Roubaix, David Guiraud arrive largement en tête avec près de 46,5 % des voix, une progression spectaculaire par rapport à 2020, où la liste insoumise n’était pas parvenue à se hisser au second tour.
Au Havre, Edouard Philippe peut souffler
Les résultats du scrutin de dimanche ont fait démentir les sondages qui plaçaient l'ancien Premier ministre en très mauvaise posture dans sa ville. Arrivé confortablement en tête du premier tour (43,7 %), avec dix points d'avance sur le communiste Jean-Paul Lecoq, le maire sortant Horizon devrait réussir à conserver son écharpe à l'issue du second tour. Mais en parvenant à se qualifier au second tour avec 15,3 %, le candidat UDR soutenu par le RN Franck Keller, qui compte bien se maintenir au second tour, pourrait fragiliser l'ancien Premier ministre qui, dimanche prochain, jouera sa candidature à l'Elysée.
La chute vertigineuse de Jean-Michel Aulas
Donné avec une avance confortable d'une quinzaine de points voilà encore quelques semaines, Jean-Michel Aulas se retrouve finalement à égalité avec l'écologiste Grégory Doucet, à 37,5 % des suffrages exprimées. Une débâcle qui confirme les sondages sortis dans les derniers jours de campagne qui montraient un resserrement de l'écart entre le maire sortant et l'ancien patron de l'OL ; et que de nombreux observateurs expliquent par les mauvaises performances de ce dernier pendant la campagne, notamment au débat organisé par BFMTV fin février.
Le second tour peut-il mobiliser davantage ?
67,4 % en 2001, 66,5 % en 2008, 63,6 % en 2014 et 57,6 % en 2026… Si l’on exclut le scrutin de 2020, perturbé par la pandémie, l’abstention progresse presque continûment aux municipales depuis un quart de siècle. Et le second tour ne garantit pas forcément une remobilisation des électeurs. Au contraire : alors que la participation avait été supérieure de 2,2 points au second tour en 2001, elle a reculé lors des trois derniers scrutins municipaux.

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