Comment va le pays ? Au fil de ses contributions dans L’Express, Nicolas Bouzou prend le pouls de la France. Et s’inquiète souvent du coup de mou qu’elle traverse. "Ses finances publiques la placent dans une situation de dépendance totale aux marchés, son armée est trop petite pour être totalement dissuasive, son système éducatif ne prépare pas correctement l’avenir de nos enfants, le maquis réglementaire et la fiscalité inhibent l’innovation, la croissance et les salaires", écrit-il dans son dernier livre, L’éternel sursaut (XO éditions), une plongée érudite et alerte dans 2 500 ans d’histoire. Cet ouvrage n’est pas "l’œuvre d’un historien", prend soin de préciser notre chroniqueur, mais un "essai d’interprétation historique" qui entend montrer "pourquoi, en France, le meilleur succède au pire et pourquoi la période qui s’ouvre, après les difficultés et la médiocrité de ces dernières années, pourrait être brillante, marquée par un retour de la prospérité, de l’influence et de la puissance." Une profession de foi qui détonne dans le déclinisme ambiant. Entretien.

L'Express : Il existe, dites-vous, une forme d’esprit français qui veut que le pays se divise en permanence sur une quantité de sujets et ne se rassemble que lorsqu’un péril plus grand le menace. Mais cette passion pour la querelle n’est-elle pas aussi une preuve de notre vitalité démocratique ?

Nicolas Bouzou : C’est vrai. J’entends souvent dire que la France est structurellement bloquée. Non : elle est capable de se réformer, mais plus tard que les autres et de manière plus brutale. Le pays parvient à surmonter ses oppositions internes lorsque les gens prennent enfin conscience des réalités. Cette conflictualité est liée à des facteurs structurants, comme sa géographie, son peuplement, ou le fait que plusieurs civilisations ont coexisté sur son sol. Pour autant, il y a toujours un point de sortie.

Au Japon, une réforme des retraites, c'est un décret signé par le gouvernement qui fait l’objet d’une brève ou deux dans les journaux. En France, ce sont des centaines de milliers de personnes qui défilent dans la rue pendant un an. Malgré cela, la réforme de 2023 a fini par se faire, même si sa suspension constitue, à mes yeux, une hérésie. Nicolas Sarkozy, avec lequel j’ai beaucoup discuté, en avait tiré la leçon suivante : comme le pays est en proie à une zizanie constante, le président de la République doit sans cesse avoir des idées et des projets pour essayer de canaliser cette énergie et orienter les débats. Les grands travaux de François Mitterrand procédaient sans doute de la même intuition.