Interview. Après la mort d'un soldat français au Kurdistan irakien, ce spécialiste des mouvements terroristes au Moyen-Orient dresse un bilan particulièrement inquiétant.
Publié le 14/03/2026 à 18:30

Photo de propagande de l'État islamique en Irak et au Levant montrant des militants masqués en Syrie. [Photo via MaxPPP]
ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP
La région était déjà la cible de plusieurs attaques de factions pro-iraniennes depuis le début du conflit. Cette fois, c'est un soldat français qui a été tué et six autres blessés lors d'une attaque de drone qui a visé une base militaire kurde en Irak, dans la région d'Erbil. Emmanuel Macron a confirmé vendredi sur X le décès de l'adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère). C'est le groupe armé Ashab al-Kahf qui a revendiqué l'attaque sur Telegram, alors que Paris vient d'envoyer, quelques jours plus tôt, son porte-avions Charles-de-Gaulle dans la région, escorté de huit frégates et deux porte-hélicoptères amphibies, en soutien aux alliés de la France dans la région.
Cette attaque rappelle à quel point la situation est alarmante dans la région, estime Adel Bakawan, directeur du European Institute for Studies on the Middle East and North Africa (EISMENA). L'instabilité de l'Iran et de plusieurs pays de la région, conjuguée à l'activation des proxys iraniens, pourraient favoriser la résurgence de nombreux mouvements terroristes. Entretien.
L'Express : Un militaire français a été tué par un groupe armé irakien et pro-iranien, Ashab al-Kahf qui a revendiqué l’attaque. Que sait-on sur ce groupe ?
Adel Bakawan : Le nom d’Ashab al-Kahf apparaît au début de l’année 2019. Cette période correspond à une série d’attaques de drones ou de missiles balistiques visant le Kurdistan irakien. En effet, des milices irakiennes s’en prennent régulièrement aux infrastructures de la région : champs pétroliers et gaziers, bases militaires ou encore positions des Peshmergas (NDLR : les forces armées officielles de la région autonome du Kurdistan irakien). Ashab al-Kahf considère le gouvernement régional du Kurdistan comme une entité pro-occidentale, proche des États-Unis et des monarchies du Golfe, et hostile à la République islamique d’Iran. C’est dans ce contexte que j’ai entrepris des recherches sur ce groupe, car chaque attaque était systématiquement revendiquée au nom de Ashab al-Kahf. Mais mes enquêtes de terrain m’ont conduit à constater que ce groupe n’existe pas réellement. Il ne possède ni site Internet, ni direction identifiable, ni leader, ni membres connus.

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