Après trois revers consécutifs, le XV de la Rose débarque au Stade de France (ce samedi, 21h10) dans l’œil du cyclone. Les Anglais vivent l’un des pires Tournoi des six nations de leur histoire.
Cette génération anglaise sera à jamais liée par une triste défaite. Pour la première fois de son histoire, le XV de la Rose s’est incliné face à l’Italie (23-18), samedi dernier, lors de la 4e journée du Tournoi des six nations. Si tout le mérite en revient à la nation latine, qui progresse à vive allure sous les ordres de Gonzalo Quesada, ce revers acte la nouvelle crise qui frappe la troupe de Steve Borthwick.
Au lendemain d’une déroute retentissante, la presse britannique n’a pas mâché ses mots pour qualifier l’intolérable. «Une Angleterre en ruines», titrait dimanche The Telegraph. «Un déclin spectaculaire», avançait de son côté The Times. Après une année 2025 bouclée sur une glorieuse série de 11 victoires, le rugby mondial espérait une équipe conquérante, dominante, au-dessus du lot dans le Tournoi (qu’elle n’a plus remporté depuis 2020). Les sourires se sont envolés aussi vite qu’ils étaient apparus. La Rose est à nouveau fanée.
Cette chute vertigineuse, aussi surprenante soit-elle, pouvait-elle se deviner ? À bien analyser, certains éléments en présageaient. En novembre dernier, les Anglais avaient disposé d’une faible Australie et de All Blacks loin d’être brillants. Avant d’être menacés par l’Argentine jusque dans les derniers instants. Point commun de ces trois matches ? Un plan de jeu sans envolées - conquête, occupation et jeu aérien - et des ambitions mesurées. Ce XV de la Rose donnait en fait l’impression de gagner en trompe-l’œil, sans réellement construire sur la durée (à l’image de sa victoire contre les Bleus lors du dernier Crunch à Twickenham). Fatal, le mois de février est venu confirmer les doutes.
L’équipe ne parvient plus à trouver de solutions après deux ou trois temps de jeu
Paul Eddison, journaliste britanniquePlusieurs anciens internationaux anglais, Mike Brown, Mike Tindall ou encore Jonny May, tous intervenants sur un podcast réputé au Royaume-Uni, prédisaient le triomphe ultime : un Grand Chelem au Stade France, comme dix ans auparavant. Le retour de l’arrogance anglaise ? Après une victoire solide sur un pays de Galles aux abois, la Rose vient d’enchaîner trois revers consécutifs, une première depuis 2018 dans la compétition européenne. Maîtrisés en Écosse (30-21), les partenaires de Maro Itoje ont été humiliés par l’Irlande à domicile (21-42) avant, donc, de subir un nouveau revers au Stade olympique de Rome.
Illustrant toutes leurs failles. «On voit clairement une équipe qui semble perdue sur le plan offensif, analyse Paul Eddison, journaliste sportif britannique. Lors de la série de victoires en 2025, les Anglais avaient pris de l’avance sur tous leurs adversaires dans le jeu aérien, mais, depuis la deuxième journée du Tournoi, ils ne gagnent quasiment plus ces duels. Et derrière, on voit les limites du plan de jeu». La preuve par les chiffres : seulement 4e en nombre d’essais marqués, 4e en nombre de courses ou encore 5e en nombre de passes après contact. L’Angleterre est en panne d’inspiration offensive.
Dans la tempête, un homme ne parvient pas à trouver la clé. «Le sélectionneur Steve Borthwick (à la tête de la sélection depuis 2022) est connu pour être un technicien très travailleur, qui essaie de donner des conseils clairs, mais le plan de jeu ne semble pas assez complexe pour déstabiliser une défense en place», appuie Eddison. «L’arrivée de Lee Blackett (ancien coach des Wasps) dans le staff, en tant qu’entraîneur de l’attaque, a eu des effets positifs lors de la tournée en Argentine l’an dernier. Mais son influence semble avoir baissé. L’équipe ne parvient plus à trouver de solutions après deux ou trois temps de jeu». Une impression matérialisée par un nombre de coups de pied record dans ce Tournoi (123 en quatre matches, plus que tout autre nation).
Indiscipline chronique et cadres en manque de repères
Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, un autre secteur fait sévèrement défaut à la troupe de Steve Borthwick. Après 4 journées, l’Angleterre a déjà concédé 44 pénalités et 7 cartons jaunes (et un carton rouge). Un naufrage, comparé aux statistiques des Bleus de Fabien Galthié, qui n’ont récolté que 27 pénalités et deux cartons. Pire, sur les 103 points encaissés depuis le début de la compétition par le XV de la Rose, 53 l’ont ainsi été en infériorité numérique.
Face à l’Italie, c’est l’expérimenté capitaine, Maro Itoje, qui s’est rendu coupable d’une faute stupide dans un ballon porté adverse en seconde période. Symbole de cadres sans repères. Quelques minutes plus tard, la Nazionale prenait définitivement l’avantage sur une géniale inspiration de Tommaso Menoncello. «Le manque de rébellion sur cette série de défaites est inquiétant. Il y a un déficit de leadership qui laisse souvent seuls Maro Itoje et Jamie George», constate Eddison. Quelques heures après le coup de sifflet final à Rome, la presse britannique relevait une vive altercation sur le terrain entre Itoje et Fin Smith. Reflétant les tensions certaines qui animent un groupe sonné.
Steve Borthwick sous le feu des critiques ?
Toutes ces failles mises en lumière, c’est donc derrière une féroce conquête et un jeu de pression dans les airs que peut se retrancher l’Angleterre. Samedi à Saint-Denis, une équipe sans véritables choix forts foulera la pelouse du Stade de France. Un paquet d’avants toujours aussi robustes, avec le puissant Ben Earl, l’un des rares à surnager, mais pas de changement au sein d’une ligne de trois-quarts qui laisse à désirer. Dans la tempête, le staff - après avoir utilisé trois fois George Ford au poste de numéro 10 - fait confiance au vieux briscard Elliot Daly, 33 ans, pour tenir la baraque à l’arrière. Symbole d’un cruel manque de confiance ? Le pétillant Marcus Smith attendra sagement son heure sur le banc. Tout comme Henry Pollock, jugé encore trop tendre.
Si Steve Borthwick a reçu le soutien de sa Fédération au cours de la semaine, nul doute qu’une quatrième défaite en une seule édition (ce serait là aussi une première) devrait quelque peu secouer le pays inventeur du rugby. Qui plus est lors d’un Crunch qui a de grandes chances de voir sacrer son ennemi juré tricolore. «L’Angleterre est blessée», jure l’entraîneur adjoint des Bleus William Servat. L’équipe de France parviendra-t-elle à l’achever ?

il y a 2 day
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