Tournoi des six nations : France-Angleterre, le Crunch des bêtes blessées

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DÉCRYPTAGE - Malgré leur coup d’arrêt face aux Écossais, les Bleus peuvent décrocher, ce samedi face aux Anglais, un 28e titre dans le Tournoi. Et un deuxième d’affilée.

Tout était prévu, annoncé, programmé. Une finale France-Angleterre pour ce Tournoi des six nations 2026, un Crunch décisif pour le Grand Chelem entre les deux favoris de la compétition ancestrale. Une affiche tendue, haletante, entre les deux meilleurs ennemis du rugby européen. Le sélectionneur anglais, avant même le lancement des hostilités, s’y voyait déjà : « Nous voulons que les supporteurs anglais affluent de l’autre côté de la Manche vers Paris pour venir voir l’équipe disputer un match décisif lors de la dernière journée, avec la possibilité d’atteindre notre objectif. » Évidemment, rien ne s’est passé comme prévu… Glorieuse incertitude du sport et retour de boomerang.

Le XV de la Rose, fort d’une série de 12 victoires d’affilée et d’une troisième place au classement mondial à la fin de l’année dernière, est brutalement revenu sur terre. Après un succès logique face au faible pays de Galles, la machine s’est totalement grippée : claque en Écossedéroute à Twickenham contre l’Irlande et, pire, humiliation d’une première défaite contre l’Italie après 32 succès. Les Bleus - qui, eux, sortaient d’une tournée de novembre morose - ont retrouvé des couleurs, de l’allant, avec une redoutable efficacité offensive. Avant ce violent KO reçu à Murrayfield, qui a stoppé net leurs rêves de Grand Chelem. Lot de consolation pour la génération dorée des Antoine Dupont et Louis Bielle-Biarrey, elle peut encore prétendre à la victoire finale dans ce Tournoi et s’offrir un premier doublé depuis 2006-2007. Pas de 11e Grand Chelem, donc, mais un 28titre à portée de main.

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Reste que la démonstration de la bande de Finn Russell a laissé des traces. Et des interrogations. Les joueurs répètent qu’ils ont rapidement basculé sur autre chose, mais les supporteurs sont encore sonnés. Au moment d’expliquer cet énorme raté à Édimbourg, cet inattendu et spectaculaire jour sans, Fabien Galthié balaie le problème. « Quand vous parlez de Grand Chelem, je trouve que, par moments, vous ne vous rendez pas compte de la qualité des adversaires et de la difficulté de cette compétition, avance-t-il dans une de ses traditionnelles tirades dignes d’un post LinkedIn. C’est un peu négliger, simplifier, dénigrer les adversaires. Ce qui n’est pas notre cas, ne vous inquiétez pas. »

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Méfiance pour les Bleus

L’Angleterre et (surtout) la France ont donc beaucoup à prouver ce samedi. À se faire pardonner. Finir sur une bonne note pour les Bleus, éviter une historique quatrième défaite lors d’une même édition pour les Anglais. Steve Borthwick, dans ses improbables prédictions d’avant-Tournoi, n’avait sûrement pas prévu de se retrouver sur un siège éjectable…

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Mais la méfiance est de mise. Les Bleus n’ont pas oublié que l’an dernier, à Twickenham, ils avaient choisi de jouer avec des moufles et laissé filer un match qui était totalement imperdable (4 occasions d’essai franches ratées). Un an plus tard, ce XV de la Rose est loin d’être génial, mais il est solide devant (quand la mêlée tricolore tangue régulièrement) et mise beaucoup sur les ballons hauts. William Servat, qui commence également à maîtriser les tics de langage d’un DRH, y va aussi de son couplet : « Une équipe qui a de l’amour-propre, qui est blessée, peut avoir une réaction incroyable. Un entraîneur me disait souvent qu’une personne blessée peut être plus dangereuse qu’une personne saine, parce qu’elle se sent en danger et peut réaliser des choses extraordinaires. » 

Et Pierre-Louis Barassi de filer la métaphore. « On va tomber sur une bête blessée. Pour elle, nous empêcher de remporter le Tournoi serait une victoire », met en garde le centre toulousain, de retour dans la peau d’un titulaire. Bien conscient qu’une autre faute note replongerait à nouveau les Bleus dans de nombreux doutes. Les mêmes qui avaient ressurgi, en novembre dernier, après la nouvelle claque infligée par les Springboks doubles champions du monde. Mais Fabien Galthié le martèle : « On se projette sur ce qui arrive. Le passé, c’est le passé… » Avancer à marche forcée. À seulement un an et demi de la prochaine Coupe du monde. Ce Crunch, qui fête ses 120 ans, a fière allure.

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