Actualité : “Les gens nous achèteront l'intelligence à la demande” : j'ai écouté Sam Altman chez BlackRock, et ce qu'il raconte est glaçant

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Publié le 13/03/26 à 17h30

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J'ai écouté les 35 minutes de Sam Altman, patron d'OpenAI (ChatGPT), interviewé lors d'une conférence BlackRock. Il y parle de vendre l'intelligence artificielle comme de l'eau courante, de data centers bientôt plus “intelligents” que l'humanité, et de startups sans aucun salarié. Le tout, sans qu'on lui pose une seule question difficile.

Sam Altman, CEO d'OpenAI, lors du BlackRock Infrastructure Summit, Washington D.C., 11 mars 2026.

Sam Altman, CEO d'OpenAI, lors du BlackRock Infrastructure Summit, Washington D.C., 11 mars 2026.

© Anna Moneymaker, Getty Images

Invité sur scène par un intervieweur qui a pris soin de préciser qu'il siégeait au conseil d'administration d'OpenAI et que Sam Altman était son ami, le CEO de la société la plus capitalisée de l'histoire de l'IA a livré une vision sans équivoque : l'intelligence artificielle est en train de basculer du prototype à l'utilité économique réelle, et rien ne l'arrêtera.

Le ton oscille entre prophétie industrielle et argumentaire de levée de fonds. Pas étonnant : OpenAI vient de boucler un tour de table de 110 milliards de dollars, soit quatre fois le montant de la plus grosse introduction en bourse jamais réalisée.

L'intelligence comme fluide : la thèse centrale d'Altman

Le fil conducteur de l'interview tient en une analogie : l'intelligence deviendra un service facturé au compteur, à l'image de l'eau ou de l'électricité. Altman emprunte explicitement le vieux slogan de l'industrie nucléaire américaine des années 1950, “too cheap to meter”, en reconnaissant au passage que cette promesse n'a jamais été tenue. Le recyclage conscient d'un échec historique comme horizon stratégique est, au minimum, un choix rhétorique audacieux.

Concrètement, Altman estime que les agents IA passeront sous peu de tâches de quelques heures à des missions de plusieurs semaines, fonctionnant en continu comme des collaborateurs autonomes disposant du contexte complet d'une entreprise. Il décrit son propre usage : avant même de consulter un collègue humain sur une idée stratégique, il interroge ses outils internes. La formule qui résume le mieux sa vision est d'une franchise désarmante :

Sam Altman face à un public trié sur le volet, lors de la conférence BlackRock Infrastructure. Sur les écrans géants, son intervieweur, Adebayo Ogunlesi, ami et administrateur d'OpenAI.

Sam Altman face à un public trié sur le volet, lors de la conférence BlackRock Infrastructure. Sur les écrans géants, son intervieweur, Adebayo Ogunlesi, ami et administrateur d'OpenAI.

© Daniel Heuer, Getty Images

Nous voyons un futur où l'intelligence est un service public comme l'électricité ou l'eau, et où les gens nous l'achètent à la demande, pour en faire ce qu'ils veulent.

Le “nous” ici fait tout le travail de la phrase. L'intelligence comme bien commun, certes, mais vendu par un fournisseur privé. Altman va plus loin en avançant que d'ici fin 2028, il y aura peut-être davantage de “capacité cognitive” dans les data centers qu'en dehors. L'affirmation repose sur une équivalence entre puissance de calcul brute et cognition humaine que rien, dans l'état actuel des neurosciences ou de l'informatique théorique, ne permet d'établir.

Comparer des FLOPS à la pensée d'un chirurgien ou d'un poète relève de la métrique marketing, pas de l'analyse.

Sur la compétition sino-américaine, le propos est plus nuancé. Les États-Unis dominent les modèles de pointe et le closed source, la Chine mène sur l'inférence bon marché et l'open source. Altman compare la découverte du deep learning au transistor : un principe scientifique fondamental, qui finira par être compris de tous, et dont l'avantage concurrentiel résidera dans l'infrastructure physique, l'intégration et les données d'entraînement.

Il identifie trois vulnérabilités américaines : la fragilité des chaînes d'approvisionnement mondiales, la lenteur relative d'adoption par rapport à des marchés comme l'Inde, et le risque de politiques protectionnistes contre-productives.

Abondance, déflation, et les questions qu'on ne pose pas

La dernière partie de l'échange est la plus intéressante, et la moins creusée par l'intervieweur.

Altman évoque un scénario de déflation prolongée, où la qualité de vie progresserait tandis que le PIB, tel qu'on le mesure aujourd'hui, reculerait. Il cite une formule trouvée en ligne : nos sociétés ont passé des siècles à apprendre à gérer la rareté, et presque rien de ce savoir ne nous prépare à gérer l'abondance. La réflexion est stimulante, mais elle reste suspendue dans le vide. Aucun mécanisme concret de redistribution, aucun calendrier de transition, aucune proposition institutionnelle.

Il va être difficile, dans beaucoup de métiers actuels, de travailler plus dur qu'un GPU.

Sam Altman détaille sa vision d'une intelligence vendue à la demande, devant un parterre d'investisseurs.

Sam Altman détaille sa vision d'une intelligence vendue à la demande, devant un parterre d'investisseurs.

© Anna Moneymaker, Getty Images

Sur l'emploi, Altman se dit “pas pessimiste à long terme” tout en concédant que les prochaines années seront “un ajustement douloureux”. C'est la posture classique de la Silicon Valley face aux destructions qu'elle provoque : optimisme de surplomb et horizon lointain. L'absence totale de relance critique de la part de l'intervieweur, qui n'aborde ni la gouvernance chaotique d'OpenAI, ni les questions de concentration du pouvoir, ni les conditions de travail des annotateurs, ni les problèmes de trésorerie, transforme l'exercice en conversation entre alliés.

Ce que j'aurais retenu de cette demi-heure, finalement, c'est moins le contenu des réponses que la complaisance du cadre. Quand celui qui pose les questions siège au board de celui qui répond, il ne faut pas s'étonner que personne ne demande des comptes.

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