« Vous y êtes allés fort quand même ! Je reconnais à peine les lieux », s’estomaque Isabelle Prud’Homme en arrivant sur la plage de La Lède. L’adjointe au maire de Saint-Palais-sur-Mer (Charente-Maritime), près de Royan, avait beau être au courant, elle a subi un « petit choc » en constatant la disparition de plusieurs dizaines d’arbres sur ce site.
Fin février, le Conservatoire du littoral, propriétaire de la forêt des Combots d’Ansoine, a lancé avec l’appui technique de l’Office national des forêts (ONF) des travaux d’urgence, réalisés par une entreprise spécialisée, sur cette longue plage de 4 km, prisée par des milliers d’estivants chaque année.
Le trait de côte recule de 10 à 15 m par an
Le changement climatique et les tempêtes successives de cet hiver ont en effet grignoté ce « point d’érosion majeur », dont le trait de côte recule de 10 à 15 m par an selon les zones. La dune qui jouxtait la forêt a été « anéantie ». Ce chantier, qui doit durer deux semaines, consiste à couper à ras les arbres situés en bord de falaise, sans les déraciner, puis à les évacuer.
« C’est une coupe de sécurisation, les arbres menacent de tomber sur la plage », indique Samuel Gendrillon, technicien forestier de l’ONF. L’objectif est également d’empêcher que les arbres partent à l’océan, « ce qui pourrait créer des chocs avec les bateaux ou les parcs ostréicoles. Nous sommes en sortie d’estuaire de la Gironde, la navigation est très importante ici », complète-t-il.
Une centaine de pins évacués
Les travaux concernent une bande de 900 m de long sur 20 m de profondeur, selon le technicien. Une centaine de pins maritimes sont en train d’être évacués, un deuxième étage de chênes verts et autres végétaux sont également « rasés ».
Sous un grand soleil, les engins de chantier s’affairent. Pieds nus dans le sable, cet habitué des lieux constate, avec désolation, que le paysage est clairsemé. « C’est un peu la cata. Ça fait quelques années que l’océan grignote mais cette année, on voit la différence. Tout est parti ! Mais c’est une bonne chose qu’ils enlèvent les arbres. A certains endroits les troncs étaient à la pendille, ça devenait dangereux. Il y a des enfants qui jouent en dessous », commente Pascal Schwerdtle, 66 ans.
« La nature sera toujours gagnante »
Face aux potentiels dangers, la solution du « laisser faire » n’a pas été retenue dans ce cas de figure. « Nous essayons au maximum de préserver la forêt et nos belles plages mais nous n’avons pas d’autres choix que de reculer. Nous savons malgré tout que nous ne pouvons pas arrêter la nature, elle sera toujours gagnante », fait remarquer Samuel Gendrillon.
Qui pointe malgré tout un effet bénéfique à cette opération de déboisement : la végétation dunaire va pouvoir reprendre sa place dans les zones déboisées, comme le liseron des dunes ou la giroflée des sables. Le bois, lui, sera stocké par l’entreprise locale qui s’occupe des travaux – Prieur, basée à La Tremblade, une commune voisine - pour être « valorisé en énergie », selon les dires du Conservatoire du littoral.










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