Jean-Pierre Favennec, spécialiste de l’énergie et professeur à l’École nationale supérieure du pétrole et des moteurs, rappelle le projet avorté de 2011-2012 et croit aux richesses pétrolifères de la Guyane, située au milieu du « Petit Qatar ».
Le gouvernement a balayé l’idée de reprendre l’exploration pétrolière en Guyane. Pensez-vous qu’il serait possible de trouver des gisements ?
JEAN-PIERRE FAVENNEC. C’est certain. En 2011-2012, un forage mené par Shell a eu lieu au large de la Guyane et a montré des traces de pétrole. À l’époque, à la suite de cette découverte qui a fait beaucoup parler, il y avait eu des annonces extrêmement favorables selon lesquelles la France pourrait devenir un exportateur de pétrole dans les années à venir. On parlait alors de plusieurs centaines de barils par jour, ce qui n’est pas négligeable !
Pourquoi n’est-on pas allé plus loin ?
La ministre de l’Écologie de l’époque, Nicole Bricq, s’est vivement opposée au projet. Cela a été une vraie polémique, et elle a d’ailleurs été remerciée rapidement après cette décision. Par la suite, il y a eu d’autres forages qui, même s’ils ont permis de voir des traces de pétrole au large de la Guyane, n’ont pas révélé des gisements de taille suffisante.

C’est-à-dire ?
En Arabie saoudite, le premier pays exportateur de pétrole, on trouve des gisements à 1 000 ou 2 000 mètres maximum dans le sous-sol. Or, les très gros gisements découverts au Guyana, au nord de la Guyane ou au Brésil, se trouvent à 5 000 ou 6 000 mètres de profondeur. Au large de Rio, on en a découvert un à près de 7 000 m de profondeur. Mais, pour l’exploiter, il faut traverser 2 000 m d’eau, 1 000 m de sédiments et, enfin, 2 000 m de sel. Il est impératif de pouvoir commercialiser des quantités de pétrole pour être rentable !
Pensez-vous que de tels gisements existent en Guyane ?
Ce qui est certain, c’est qu’il y en a au Guyana, au Venezuela et au Brésil… Et des traces de gisements ont été trouvées au large de la Guyane, qui est située au milieu de ce bassin sédimentaire assez large. Si l’on n’a rien découvert de très significatif jusqu’ici, cela ne veut pas dire que l’on ne trouvera rien demain. Les recherches de gisements sont souvent aléatoires : en Côte d’Ivoire, depuis cinquante ans, on ne trouvait que des petits gisements et, d’un seul coup, on a mis à jour deux gros gisements de près de 20 millions de tonnes de pétrole. Ce qui est certain, c’est que l’interdiction française d’exploiter en Guyane ne permet pas d’en avoir le cœur net.
Les Guyanais ont l’impression d’être assis sur un tas d’or sans pouvoir profiter du jackpot…
Cela suscite des incompréhensions. D’autant que d’autres pays européens, comme l’Italie et l’Angleterre, relancent les explorations. En Guyane, la découverte d’un gisement n’aurait qu’un impact très limité sur l’emploi car le site serait certainement offshore, mais cela permettrait de financer des programmes d’aides importants pour la région. Et puis, la France importe pour des dizaines de millions de dollars de pétrole, une telle découverte réduirait le déficit public !










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