On venait le voir de loin, au prix d’une marche de deux heures sur les hauteurs depuis Prats-de-Sournia ou en partant du village du Vivier, tout aussi modeste bourgade posée aux pieds du massif de Boucheville dans les Pyrénées-Orientales. Et si l’on venait, c’est parce que le Fajas d’en Baillete, un hêtre, en imposait au milieu de ses confrères, lui qui a poussé dans un repli de la forêt, non loin d’un ruisseau. Trente mètres de hauteur, cinq mètres de circonférence, cinq siècles d’existence. Pas de quoi concurrencer les séquoias géants de Californie mais suffisamment pour se voir décerner le titre d’arbre remarquable, il y a une dizaine d’années, par l’association A.R.B.R.E.S.
De gros dégâts cet hiver dans les populations d’arbres
S’il donnait encore au début du siècle l’impression de pouvoir tenir tête aux éléments, ceux-ci se sont déchaînés. Le changement climatique bien sûr qui est venu troubler l’ordonnancement des saisons et des précipitations, la sécheresse. Puis un champignon qui l’a grignoté de l’intérieur. Au point de lui faire perdre son tronc principal à l’automne 2023. Des travaux d’urgence avaient alors été entrepris pour mieux le protéger mais la tempête Nils en aura décidé autrement. Les violentes rafales, jusqu’à 180 km/h, étaient trop puissantes pour qu’il puisse résister.
Alors qu’il gît par terre dans le désordre d’une guerre perdue, il offre peut-être au promeneur une dernière occasion de rêver à la marche du monde, lui qui a peut-être connu François Ier et servi pendant des siècles à nourrir les alentours en bois. Le Fajas, avant qu’il devienne l’arbre que l’on connaissait, était conduit en trogne et régulièrement coupé au ras de la souche.
Il n’aura pas été le seul à payer tribut aux éléments cet hiver. La tempête Nils, et les suivantes venues secouer les Pyrénées-Orientales, ont provoqué de gros dégâts dans les populations d’arbres, de la forêt de Montpins aux beaux genévriers signalés couchés du côté d’Estagel en passant par les berges des rivières et des fleuves qui ressemblent parfois à des chantiers. Rien que pour la ville de Perpignan, ce sont plus de 900 arbres qui ont été couchés par les coups de vent. Quand à ceux qui auront remis à demain leur visite au vieux hêtre de la forêt de Boucheville, ils en sont pour leurs frais. C’est trop tard.










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