Après le passage ravageur des tempêtes Nils et Pedro mi-février, les forêts du Haut Languedoc (Hérault), qu’elles soient privées ou publiques, n’ont pas fini de panser leurs plaies. « Lorsque mon collègue a voulu venir constater les dégâts le lendemain de la tempête, nous lui avons déconseillé de monter tout seul tant le choc allait être fort. A quinze jours de la retraite, il n’a pas pu retenir ses larmes », se souvient Loïc Albert, technicien forestier de l’Office national des forêts intervenant dans la forêt domaniale de l’Espinouse.
Coupés net en deux ou tout simplement déracinés, les arbres à terre dans la partie ouest du département héraultais se comptent par centaines de milliers. « Rien que dans les forêts publiques, on estime que ce sont près de 130 000 m3 de bois qu’il va falloir exploiter, soit l’équivalent d’une année normale d’activité pour deux départements entiers, l’Hérault et le Gard », résume Guylaine Archevêque, directrice territoriale de l’ONF.
Les trouées béantes dans les parcelles donnent une idée de la force des rafales de vent qui ont dépassé par endroits les 160 km/h. Du côté des forêts privées, « on a déjà 150 ha sous gestion situés en zone tempête où des demandes de coupe d’urgence ont été faites. Ce chiffre est provisoire car il en arrive tous les jours », confie Jean-Michel d’Orazio, technicien forestier du Centre national de la propriété forestière.
Combattre le risque incendie
L’heure est encore à la cartographie des dégâts. La tâche est particulièrement ardue dans les forêts privées - la majorité de la superficie forestière héraultaise – car très morcelées avec des centaines de petits propriétaires, pas toujours regroupés entre eux. Épicéas, pins, sapins Douglas : « la majorité des arbres touchés sont des résineux. La prise au vent était bien plus importante que celle des feuillus dépourvus de feuilles à cette saison », explique Jean-Michel d’Orazio, le tout sur un sol détrempé par des semaines de pluie ininterrompue.
Partout dans le massif, les exploitants forestiers sont à pied d’œuvre pour couper et ramasser, en commençant par le plus urgent. « Tout ce bois doit être valorisé au maximum. L’épicéa doit être enlevé en premier car il est sensible aux ravageurs qui pourraient ensuite migrer vers d’autres arbres sains. Suivront ensuite les pins qui ont tendance à bleuir lorsqu’ils sont exposés au soleil et à la chaleur. Les Douglas sont les plus résistants, ils pourront attendre », liste la directrice territoriale de l’ONF.
Sans oublier le risque incendie, particulièrement important dans le sud de la France. « Il faut éviter de laisser une masse de combustible trop importante au sol, d’abord parce qu’il mérite d’être valorisé mais aussi parce que cela risque de favoriser la propagation d’un feu », ajoute Élise Buchet, responsable développement forestier territorial Hérault au CNPF.
Bois de charpente, bois-énergie, bois pour l’industrie papetière : rien ne se perd, tout se transforme. Avant d’entamer, dans quelques années, la phase du reboisement avec des essences qui seront choisies notamment pour leur adaptation au changement climatique.










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