La « solution de rupture » contre la pénurie d’eau trop chère pour les Charentes

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« Solution de rupture » ou « projet pharaonique » ? Les deux, probablement. Les départements de la Corrèze, de la Charente et de la Charente-Maritime viennent de dévoiler à Tulle une « étude d’opportunité » visant à « réalimenter » le fleuve Charente. Ces travaux livrés par Rives & Eaux du Sud-Ouest (ex-CACG) évoquent la possibilité de dériver jusqu’à 40 millions de m3 d’eau depuis la Corrèze vers le bassin de la Charente.

Extrêmement sensible aux crues en hiver, ce bassin manquera cruellement d’eau en été. « Entre 80 et 100 millions de m3 d’ici à 2050, du fait du réchauffement climatique », estiment les scientifiques. Comment, dès lors, fournir assez d’eau potable à la Charente et surtout à la Charente-Maritime, l’un des départements les plus touristiques de France tout en préservant l’agriculture, la conchyliculture et les milieux naturels ?

La piste la plus sérieuse évoquée par les trois conseils départementaux consisterait à bâtir un barrage au pont d’Arpiat, situé à la jonction de la Corrèze et du Puy-de-Dôme. Entre 45 et 46 millions de m3 d’eau y seraient stockés. Une partie serait injectée via des canalisations d’un mètre de diamètre et sur près de 60 kilomètres en direction des lacs du Chammet et de Vassivière. L’eau dévalerait alors la rivière Vienne jusqu’à Exideuil-sur-Vienne (Charente) avant d’être pompée puis déversée dans les lacs de Lavaud et Mas Chaban – ces ouvrages contribuent à maintenir le niveau du fleuve en été.

La Corrèze « prête à prendre le risque »

Cette option, défendue au nom d’une « solidarité amont-aval », est estimée à « 600 millions d’euros », dont la moitié pour le seul barrage corrézien. Le « modèle économique », encore à définir, pourrait s’appuyer sur un barrage hydroélectrique capable de soulager la facture « sans piocher dans la poche du contribuable », souligne Pascal Coste, le président (LR) du département de la Corrèze. « Prêt à prendre le risque », lui défend « l’intérêt général » et entend lutter contre « la décroissance de nos territoires ».

Les Charentais et Charentais-Maritimes demandent à voir, encore freinés (ou gênés) par les coûts autant que l’acceptabilité sociale et environnementale d’un tel projet. « Nous prenons cette étude pour ce qu’elle est, comme une information. Nous savons qu’il existe une solution mais nous souhaitons d’abord en explorer d’autres », affirme la vice-présidente de la Charente-Maritime chargée de la politique de l’eau et de l’environnement. « Au regard de notre situation financière, c’est inaccessible », résume autrement Jérôme Sourisseau, le président (MoDem) de la Charente pour qui « le sujet est clos, sauf s’il venait à être déclaré d’intérêt national ».

Ces deux départements réfléchissent à d’autres « briques » et « solutions plus accessibles ». La restauration des zones humides, l’agroécologie et le stockage de l’eau ou encore la réutilisation des eaux usées pourraient dégager 40 millions de m3 d’eau par an sur le bassin du fleuve Charente. Reste à trouver comment combler le déficit annoncé dans les décennies à venir sans recourir à cette « solution de rupture ».

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