« Même avec des bottes, ce n’était pas possible » : un viticulteur de l’Aude taille ses vignes en kayak à cause des intempéries

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Le contraste est saisissant. L’été dernier, Lionel Tisseyre, viticulteur à Ornaisons (Aude) dans les Corbières, perdait une bonne partie de sa récolte en raison d’une sécheresse sans fin, tandis qu’en ce début de mois de mars, c’est à bord de son kayak qu’il a dû terminer la taille de sa vigne sur une parcelle noyée sous 80 cm d’eau. « Même avec des bottes, ce n’était pas possible d’y aller. Bien sûr, cela prend un peu plus de temps mais au lieu de mettre les cuissardes, cette idée m’est venue », sourit celui qui est aussi le président du club de kayak local.

Après 3 ans de sécheresse….

Voilà trois mois qu’il pleut en abondance sur le département audois tout comme dans les Pyrénées-Orientales, l’Hérault et le Gard. Le sol, saturé par endroits, se retrouve incapable d’absorber la moindre goutte d’eau supplémentaire. « Après avoir péniblement atteint les 200 mm de pluie sur les trois dernières années, voilà qu’en trois mois, nous en sommes déjà à 800 mm », relève Damien Onorré, président du syndicat des vignerons de l’Aude. « La situation devient très compliquée. Nous venons de perdre trois récoltes à cause de la sécheresse, il ne faudrait pas que l’on perde la quatrième à cause de la pluie ! ».

Tandis que le printemps approche, le temps en effet presse. « Les plantations qui étaient prévues ont été repoussées ou annulées, les travaux de taille prennent du retard. Ces dernières années, la taille s’est beaucoup mécanisée mais là, avec le sol détrempé, il est impossible d’entrer dans les parcelles avec les tracteurs. Tout doit se faire à la main », poursuit le représentant syndical.

Des drones à la rescousse ?

Avec l’apparition des premiers bourgeons, il va aussi falloir procéder d’ici à une quinzaine de jours aux premiers traitements pour prévenir les risques de maladie. « Comme nous ne pourrons toujours pas entrer dans les vignes avec nos tracteurs, nous souhaitons pouvoir traiter certaines zones avec des drones. Normalement, l’autorisation est donnée parcelle par parcelle mais là, vu les surfaces concernées, ce n’est pas gérable. Nous avons demandé à la préfecture une dérogation pour obtenir une autorisation si ce n’est départementale, au moins communale », explique Damien Onorré.

La réponse des ministères est attendue dans les prochains jours. Mais les agriculteurs le savent : toute cette pluie, plus que bienvenue, ne les mettra pas pour autant à l’abri d’un nouvel été possiblement très chaud et très sec. « Des 45 degrés comme l’été dernier, il y en aura même certainement », estime Damien Onorré, dépité de « voir partir toute cette eau à la mer sans qu’on soit capables d’en retenir ne serait-ce qu’une partie ».

Même constat chez le président de la chambre d’agriculture de l’Aude pour qui l’urgence est de s’adapter au changement climatique. « Des pics, que ce soit de chaleur, de froid ou d’eau, on en a toujours connu en zone méditerranéenne. Ce qui change aujourd’hui, c’est leur durée et ces derniers mois le prouvent », pointe Ludovic Roux. Forages, retenues collinaires, eau du Rhône : « ces ouvrages doivent voir le jour, et pas seulement pour le monde agricole. Au risque sinon de voir notre département se transformer en désert ».

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